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“La crise financière a marqué un tournant dans ma carrière”

22 novembre 2021

4 min

Amélie Champsaur
Amélie Champsaur, responsable de la pratique relative à la réglementation bancaire au sein du bureau de Paris, raconte son parcours et l’affaire qui l'a le plus marquée.

Vous êtes actuellement associée au sein du bureau parisien de Cleary Gottlieb Steen & Hamilton, l’un des plus grands cabinets d’avocats au monde. Comment êtes-vous arrivée à ce niveau de responsabilité ?

J'ai effectué toute ma carrière chez Cleary. J'ai commencé comme stagiaire en 2001 et je suis ensuite passée par le bureau de New York, puis rentrée à Paris où je suis devenue associée en 2012. Au cours de ces années, j'ai eu l'occasion de travailler sur un certain nombre de dossiers très variés et surtout sur certains dossiers stratégiques qui ont joué un rôle important dans ma carrière.

 

Pour moi, le tournant a été la crise financière de 2007-2008. Dans ce contexte de crise, j'ai été amenée à travailler sur deux opérations majeures en Europe relatives à des défaillances bancaires : celles de Fortis et son rachat par BNP Paribas, et en parallèle, la défaillance du groupe Dexia, qui était un groupe franco-belgo-luxembourgeois. Ces dossiers étaient à l'origine des dossiers de fusions-acquisitions, mon domaine lorsque j'étais collaboratrice. Mais compte tenu du contexte de la crise, ces dossiers comportaient des aspects de structuration qui étaient entièrement nouveaux et qui allaient bien au-delà du M&A classique. 

 

En effet, ces dossiers comportaient des aspects de gestion de crise bien évidemment, mais également des aspects très techniques concernant par exemple la séparation des actifs toxiques, des aspects relatifs aux aides d'État parce que la France, la Belgique, le Luxembourg étaient impliqués, et enfin des aspects encore nouveaux pour moi de réglementation bancaire et de réglementation prudentielle.

 

À la suite de la crise, lorsque, au niveau mondial et au niveau européen en particulier, de nouvelles règles ont été mises en place, j'ai décidé de lancer une nouvelle pratique au sein du bureau de Paris relative à la réglementation bancaire européenne. Cette pratique, qui existait depuis longtemps aux États-Unis, n'était pas encore connue en Europe.

 

Elle s'est développée rapidement et couvre aujourd'hui les aspects de réglementation bancaire au sens strict, ainsi que les aspects de M&A bancaire et les questions transactionnelles ; de plus, depuis quelques années, ma pratique recouvre également le contentieux, notamment le contentieux qui concerne les autorités de supervision comme la Banque centrale européenne.

 

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Qu’est-ce qui fait la spécificité du cabinet Cleary Gottlieb selon vous ?

Le cabinet Cleary Gottlieb se distingue par deux aspects. Le premier est l'innovation. Le cabinet a toujours été pionnier et moteur dans certaines pratiques et certaines juridictions. Il fait confiance à ses associés pour développer leur esprit d'entreprise et leur instinct sur les nouveaux domaines du droit qui sont en train d'émerger. Historiquement, c'est cet esprit d'innovation et d'entreprise qui a donné lieu à certains des plus grands succès de notre cabinet.

 

Je pense notamment à la pratique anti-trust, dans laquelle le cabinet a été pionnier et qui est une des pratiques les plus reconnues de notre cabinet aujourd'hui ; il y a également ce qu'on appelle la pratique souveraine, c'est-à-dire la représentation des États dans les crises de restructuration, de dette et autres. Le cabinet a ainsi représenté l'Argentine et la Grèce dans des restructurations souveraines majeures. On peut évoquer aussi notre pratique en Amérique du Sud, extrêmement reconnue.

 

Ces quelques exemples montrent que le cabinet souhaite innover et rencontre des succès importants lorsqu'il se lance dans des domaines du droit encore à défricher.

 

La deuxième spécificité de Cleary Gottlieb, c'est un goût prononcé pour la complexité, c'est-à-dire la recherche des sujets les plus nouveaux, difficiles et sensibles. Les associés et les collaborateurs du cabinet travaillent ensemble et d'une manière extrêmement proche, que ce soit entre les différentes pratiques et les différents bureaux, pour essayer de trouver les meilleures solutions, celles qui sont les plus pragmatiques pour les clients, mais aussi les plus innovantes.

 

Qu’est-ce que votre nomination en tant qu’associée a changé dans l’exercice de votre métier ?

Avec le titre d'associée, il m'a été possible de développer pleinement la pratique que j'avais commencé à créer lorsque j'étais encore collaboratrice. Ce statut m'a donné une légitimité en interne et vis-à-vis de l'extérieur pour représenter le cabinet dans le développement de cette pratique.

 

Quelle est l’affaire qui vous a le plus marquée ?

En 2013, un an après ma nomination en tant qu'associée, j'ai reçu un coup de fil de la part de notre bureau de Rome pour me faire part d'une demande du Vatican, qui cherchait une avocate spécialisée dans la réglementation bancaire européenne et qui pourrait passer un peu de temps à Rome. J'ai dit « bien sûr ! ».

 

J’ai donc commencé à partager mon temps entre notre bureau de Paris et notre bureau de Rome. Le travail consistait à créer un corpus de réglementation financière spécifique pour le Vatican, transposant la réglementation européenne (en vertu d’accords conclus entre le Saint-Siège et l’Union européenne) tout en respectant la structure très spécifique des institutions vaticanes ainsi que le droit canon. 

 

Mon premier dossier en tant qu'associée a donc été de participer à la construction d’un cadre juridique bancaire pour le Vatican, un travail passionnant, ultra complexe et bien sûr complètement hors normes.

 

À la suite de ce projet, j’ai développé des liens forts avec l’Italie, qui persistent à ce jour, mes clients incluant des banques italiennes ainsi que des investisseurs dans le secteur bancaire italien, sur des problématiques de réglementation et contentieux bancaire européen. 

 

Comment imaginez-vous le métier d’avocat dans dix ans ?

Cette question m'intéresse beaucoup parce qu'elle concerne les prochaines générations. Elle implique de réfléchir à qui seront nos futurs associés et quelles seront leurs qualités.

 

Or, la période de covid a mis en lumière le fait que nos collaborateurs et donc nos futurs associés recherchent avant tout la flexibilité et l'exigence intellectuelle. Ils souhaitent l'innovation technologique et cherchent à utiliser toutes leurs capacités d'analyse, de réflexion et de pensée stratégique, sans subir le poids de systèmes techniques anciens ou dysfonctionnels.

 

Dans dix ans, resteront les cabinets d'avocats qui ont su prendre ce virage technologique, d'abord pour fournir à leurs clients un service plus agréable et plus efficace, et également pour faciliter la vie de leurs collaborateurs et leur permettre de se concentrer sur les tâches à forte valeur ajoutée. Les cabinets doivent s'adapter et mettre en œuvre ces innovations pour attirer des collaborateurs de qualité qu'ils souhaiteront ensuite promouvoir.

 

Ainsi, le covid a renforcé l'exigence d'être à la pointe en matière technologique pour permettre à nos collaborateurs de travailler dans de bonnes conditions et avec la plus grande flexibilité possible.

 

 

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Éloïse Haddad Mimoun

Docteure en droit et diplômée de l'Essec, Eloïse est responsable des contenus chez Predictice.

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