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"Les anciennes doivent encourager les plus jeunes"

18 janvier 2022

4 min

gassner
Anna Gassner, partner chez Luther, évoque l'évolution du rôle des femmes au sein de la profession d'avocat.

Vous avez travaillé à Paris et à Luxembourg. Est-ce que les quotidiens d’un avocat dans ces deux pays sont différents ?

Oui, c’est différent, d’autant plus que je travaille principalement dans un secteur très particulier : le M&A et le private equity.


Quand vous venez d’une juridiction étrangère comme Bruxelles, Londres, Paris, ou Francfort, vous avez l’habitude de travailler sur des sujets très opérationnels puisqu’en général, les cibles de vos transactions sont implantées dans le même pays. Au Luxembourg, les dossiers sont beaucoup plus internationaux, avec des clients et des implications dans différents territoires et c’est très souvent la structuration « haut de bilan » qui est effectuée à Luxembourg.


La typologie des dossiers traités à Luxembourg est ainsi plus variée et diversifiée et les questions juridiques souvent plus complexes en raison de leurs implications internationales. En France, pour la majorité des questions qui sont posées à un avocat, il y a soit une règle de droit, soit une jurisprudence ou une doctrine établie : les choses sont en général assez claires. Au Luxembourg, malgré la grande stabilité du droit en vigueur (ce qui est un atout du Grand-Duché à l’international) il reste des zones grises qui nécessitent une analyse juridique approfondie (incluant l’étude des travaux parlementaires pour déterminer la volonté du législateur et permettre une interprétation du texte de loi) et une approche comparative avec les législations belges et françaises (dont le droit des sociétés luxembourgeois s’inspire) voire allemande, en ce qui concerne les implications fiscales des transactions, tout en maintenant une veille sur le droit de l’UE et les traités internationaux. En l’absence de réponses tranchées dans la loi, la doctrine et la jurisprudence luxembourgeoise, nous sommes obligés de trouver des solutions innovantes et d’être beaucoup plus créatifs. Enfin, la dernière différence réside dans la langue. En France, j’ai beaucoup travaillé en français, et à Luxembourg, la langue de travail, c’est à 90 % l’anglais.

 

Comment pensez-vous que les outils digitaux peuvent faire évoluer votre métier dans les prochaines années ?

Les outils digitaux vont forcément impacter notre profession. Luxembourg est une nation qui se digitalise, il y a une forte volonté gouvernementale en ce sens : il existe un Ministère de la Digitalisation, des prestataires de services à la pointe comme LuxTrust ou encore des plateformes digitales publiques telles que « myguichet.lu » ou « ecdF » qui permettent d’effectuer des démarches administratives de manière digitale. Il faut également mentionner la LHoFT, le hub d’innovation dédié aux Fintechs ou encore la stratégie « Gouvernance électronique 2021-2025 » élaborée conjointement par le Ministère de la Digitalisation et le Centre des technologies de l’information de l’Etat et adopté par le conseil de gouvernement début 2021. La création de cette stratégie gouvernementale s’inscrit dans la volonté de fixer les éléments essentiels à une transition numérique de l’État luxembourgeois afin d’assurer des services numériques de qualité aux citoyens et un passage progressif à un gouvernement numérique.

 

Le cadre et les outils sont donc là, ou sont en train d’être mis en place. Maintenant, il faut les intégrer dans nos pratiques professionnelles en utilisant des solutions innovantes (comme la signature électronique, le data management, etc.) tout en assurant la fourniture d’un service de qualité et respectueux de notre déontologie professionnelle et des législations en vigueur (notamment la loi AML et le Règlement général sur la protection des données). La pandémie et le confinement ont bien sûr accéléré la digitalisation dans notre pratique professionnelle, que ce soit au niveau de notre organisation interne (mise à disposition de nouveaux outils digitaux permettant d’effectuer des recherches juridiques par exemple, puisque les bibliothèques traditionnelles n’étaient pas accessibles) ou même les transactions effectuées pour nos clients (généralisation des signatures électroniques, due diligences et closings réalisés à distance, via des solutions digitales innovantes).


La digitalisation de notre profession est en marche et beaucoup de tâches pourront être automatisées à l’avenir, comme par exemple la production de certains documents standards sans complexité juridique particulière, comme les approbations de comptes ou même des modèles de contrats. Cela permettra aux avocats de se focaliser sur les questions juridiques complexes et de gagner du temps sur des tâches présentant peu de valeur ajoutée pour le client. À plus longue échéance, il faudra aussi prendre en compte les smart contracts eu égard au développement rapide des projets blockchain.

 

Quelle est votre approche de la relation client ?

Nous avons une approche très pragmatique : nous essayons de rendre des services à valeur ajoutée et d’une qualité sans faille. Pour entretenir des relations pérennes avec nos clients, il est nécessaire de répondre au mieux à leurs questionnements et à leurs besoins en proposant des solutions juridiques appropriées, garantissant un service sur-mesure et une transparence au niveau de nos honoraires. De plus, grâce à la taille humaine de notre cabinet, nous assurons un suivi personnalisé des dossiers et nos associés sont très impliqués au quotidien sur les différentes problématiques rencontrées et l’avancement des dossiers.

 

Le rôle des femmes dans la profession a-t-il changé au fil du temps ?

Il m’est arrivé quelques fois à Paris de rentrer dans une salle de réunion et que l’on me demande un café, car les hommes présents pensaient que j’étais l’assistante de l’avocat chargé du dossier. Pour ma part, j’ai toujours pris le parti de prendre cela avec humour. Je travaille beaucoup avec des PME. Or, ce n’est pas toujours facile pour une femme de travailler avec des dirigeants de PME (et à plus forte raison quand ils dirigent des entreprises dans des secteurs plutôt industriels). Pour certains, confier le dossier de la cession de leur entreprise à une femme, c’est bizarre. On retrouve la même problématique avec certains confrères masculins, qui clairement ont tendance à sous-estimer les capacités d’une femme dans ce secteur. Ici encore, j’ai toujours pris le parti d’en faire une force... Quand un adversaire vous sous-estime, il se précipite lui-même dans un piège et la riposte est d’autant plus impactante, qu’elle est inattendue. Globalement, les femmes doivent souvent en faire plus, elles doivent prouver qu’elles ont les compétences requises et qu’elles maîtrisent le savoir sous-jacent. Ceci dit, personnellement, je n’ai jamais eu l’impression d’avoir été désavantagée parce que j’étais une femme, au contraire, pour moi, c’est une force, mais j’ai un caractère assez fort et j’ai eu la chance de côtoyer des femmes avocates exceptionnelles qui m’ont servi de modèle ! Je pense aussi que le problème vient souvent des femmes elles- mêmes, qui n’ont pas assez confiance en elles. Elles ne demandent pas. Il faut oser demander ! Les plus anciennes doivent encourager les plus jeunes, partager leur expérience et leur donner confiance.

 

Retrouvez l'intégralité des témoignages en cliquant sur le lien suivant : Le droit, l'audace et l'innovation - Les avocats de Luxembourg témoignent.
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Benedetta Antola

Benedetta a suivi une formation juridique en Italie et est diplômée de HEC.

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