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Concilier IA juridique et éthique

8 décembre 2021

3 min

table ronde IA
À l’occasion de la première édition de Paris Legal Makers, Louis Larret-Chahine, cofondateur de Predictice, a participé à une table ronde sur les enjeux de l’intelligence artificielle.

L'évènement Paris Legal Makers

Le Paris Legal Makers est le nouveau rendez-vous annuel des décideurs français et internationaux dédié au développement économique par le droit. Tenu le 6 décembre 2021, cet évènement a été un moment privilégié pour s’interroger sur l’avenir des professions du droit. 

 

Lors de son discours d’inauguration, Olivier Cousi, Bâtonnier de Paris, a souligné l’importance de renforcer les échanges entre les professionnels du droit pour consolider l'attractivité de la place de Paris.

 

Plusieurs tables rondes ont rassemblé les professionnels du droit afin de débattre des enjeux actuels et futurs auxquels ils vont devoir faire face.

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Les challenges posés par l’IA quant à la prise de décision et l’éthique 

En fin d’après-midi, les participants ont pu suivre les échanges passionnants de quatre intervenants de choix autour du thème suivant : « HumAnité : Intelligence Artificielle, décideur du futur ? ». Étaient présents : 

 

  • Louis Degos : avocat à la Cour, managing partner au sein du cabinet K&L Gates et modérateur de ce débat ;
  • Louis Larret-Chahine : co-fondateur et directeur général de Predictice ;
  • Guillaume Deroubaix : COO et directeur général adjoint de l’éditeur juridique LexisNexis ; et
  • Pierre-Emmanuel Struyven : président de Supernova Invest, société de gestion spécialisée dans l'investissement dans des start-ups.

 

La discussion a porté, d’une part, sur l’impact actuel de l’intelligence artificielle (IA) sur les pratiques des professionnels du droit et, d’autre part, sur les enjeux que son utilisation implique pour le futur. 

 

Allier innovation et éthique 

En introduction, M. Degos a admis l’existence d’un relatif antagonisme entre les notions d’humanité et d’IA. Il a alors posé la question fondamentale de savoir si dans quelques années, les juristes décideront encore ou seront remplacés par des machines ? 

 

En tant que praticien du droit, M. Degos semble opter pour une vision où l'IA permet une coopération et une augmentation des capacités des professionnels plutôt que leur remplacement. En tant qu’ancien président de la Commission de la Prospective et de l’Innovation du Conseil national des barreaux, il a d’ailleurs indiqué avoir relevé trois tendances majeures : une stratégie d’anticipation des acteurs du droit plutôt que de sanction vis-à-vis des nouvelles technologies, un nouveau processus de normalisation responsabilisant davantage l’individu et enfin une nouvelle faculté d’autorégulation de ces technologies.

 

M. Struyven a ensuite proposé sa définition de l’intelligence artificielle afin de permettre une meilleure compréhension du débat. Il s’agirait selon lui d’une simulation ou d’une augmentation de l’intelligence humaine afin de permettre à des machines de faire des raisonnements. Il considère que son efficacité est conditionnée par l'interaction de trois facteurs : la possibilité de traiter en masse des données, la capacité des ordinateurs à réaliser des calculs précis et la mise en libre accès des programmes.

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À l'instar de M. Degos, M. Struyven a estimé que l’accélération de l’innovation force les praticiens à anticiper les effets des nouvelles technologies, comme ceux des algorithmes apprenants, pour les encadrer de plus en plus rapidement et éviter les dérives. En tant que président d’un fonds investissant dans les startups, M. Struyven a conclu que, s’il était fier d’accompagner ces évolutions, le niveau actuel de l’IA le conduit déjà à se questionner sur son futur et sur le risque de sacrifier l’éthique pour des considérations de performance.

 

Pour Louis Larret-Chahine, l’IA doit être éthique afin d’être acceptée par les acteurs du droit. À ce titre, il a expliqué que Predictice s’est toujours posé la question de l’impact de son activité sur la justice et a par conséquent développé deux instruments pour éviter les dérives. D’une part, Predictice a mis en place un comité éthique et scientifique ainsi qu’une charte éthique et, d’autre part, Predictice a rédigé le Lawyer Cloud Act afin d’encadrer le traitement des données juridiques. Il a également souligné le fait que Predictice a bridé sa fonction d’analyse statistique de jurisprudence en droit pénal dans un souci d’éthique.

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L’IA sous l’angle de la prise de décision du juriste

M. Deroubaix a souhaité intervenir sur le possible impact des outils d’IA sur l’indépendance du juriste dans sa prise de décision. Il a tout d’abord rappelé que, pour lui, l’objectif de l’IA n’est pas d’égaler le juriste, mais de simuler ses réflexes dans la limite de ce qui est modélisable. Cependant, il a concédé le fait que l’IA a déjà pu remplacer des juristes pour des tâches ponctuelles sans grande valeur ajoutée comme la rédaction de contrats simples. Il a néanmoins maintenu que la pensée du juriste est multidimensionnelle et par conséquent difficilement modélisable dans son intégralité. Afin que l’avocat conserve une maîtrise sur son processus de décision, il a ensuite indiqué que les outils de LexisNexis, dont Lexis 360 Intelligence, ont pour vocation d’aider et non de remplacer le juriste en garantissant un traitement éthique des données ainsi que leur transparence. 

Une table ronde très bien accueillie

Les participants ont très bien reçu cet échange même si le sujet de l’IA semble avoir soulevé quelques inquiétudes. Il a ainsi été demandé si le fait de ne pas recourir à l’IA pourrait constituer un désavantage pour un avocat et pourrait même avoir un impact sur ses primes d'assurance civile professionnelle.

 

Louis Larret-Chahine a répondu que Predictice mène déjà une réflexion autour de ce sujet avec Me Benjamin English. Selon lui, le fait de ne pas utiliser l’IA n’est pas encore un argument suffisant pour retenir la responsabilité de l’avocat, mais il a relevé que les assureurs sont très friands des outils statistiques et pourraient le prendre en compte dans un futur proche. En tant que client des professionnels du droit, M. Struyven a indiqué qu’il constate déjà que le recours à l’IA rend les recherches des juristes plus rapides et pertinentes et que l’adoption de ces outils lui semble inéluctable afin de rester compétitif.

 

Enfin, un accent a été mis sur le besoin de former les juristes à ces nouveaux outils, que ce soit à l’école des avocats ou en formation continue, afin justement que ceux-ci puissent transformer l’IA en atout. 

 

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Calypso Korkikian

Étudiante à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à Science Po, Calypso rédige des contenus pour le Blog Predictice.

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